FOOD KILLER
- Les bovins ruminent 30% de nos céréales. Frères humains, devenez végétariens !
Le Nouvel Observateur n° 2270, 08/05/08
Doan Bui
Il suffirait de renoncer à la viande pour soulager la pénurie de grains tout en préservant l’environnement et notre santé.
“L’élite
intellectuelle dans les pays développés trouve parfaitement normal de s’inquiéter de la surpopulation dans le monde, mais elle oublie
toujours un fait. La vraie surpopulation, c’est celle du bétail.”
L’auteur de ces phrases n’est pas un vachophobe excentrique ou un végétarien fanatique mais l’économiste américain Jeremy Rifkin, auteur,
entre deux essais sur le travail ou les nouvelles technologies, du
passionnant «Beyond Beef», un essai sur l’impact dévastateur de
l’industrie de l’élevage. Surpopulation ? Avec 1,4 milliard de vaches,
notre planète croule en effet littéralement sous le bétail : le poids
cumule de tous ces ruminants est supérieur à celui de toute la
population humaine avec ses 6 milliards d’habitants ! Et c’est de pire
en pire. La production de viande a été multipliée par cinq depuis les années 1950, pour passer a 265 millions de tonnes. Et devrait encore
doubler sur les vingt années a venir.
De quoi affoler les experts en
alimentation, qui se demandent bien comment la terre pourra nourrir les
3 milliards d’humains supplémentaires de ces prochaines décennies. La
concurrence entre les animaux d’élevage et les hommes s’annonce très
rude. Car 80% de l’alimentation animale proviennent de cultures qui
conviendraient également a la consommation humaine : maïs, soja. A
l’ère de l’élevage industriel, nos bêtes accaparent à elles toutes
seules 60% de la production mondiale de céréales, soit 670 millions de
tonnes ! Un volume qui suffirait amplement à nourrir les 850 millions d’êtres humains souffrant de malnutrition. En fait, d’un point de vue
malthusien, la viande n’est pas «rentable». On estime qu’un végétarien
consomme en moyenne 180 kilos de grains par an alors qu’un consommateur
de viande en gaspille 930 kilos par an. Pour comparer le rendement de
diverses spécialités agricoles, les agronomes calculent un taux de
conversion alimentaire qui correspond au rapport entre le nombre de protéines consommées et produites. Pour obtenir 1 calorie de poulet, il
faut ainsi environ 4 calories de nourriture vegetale. Idem pour le porc
ou les œufs. Pour le lait, on grimpe a 8. Et pour le bœuf, a 17,
voire bien plus ! En comparaison, la pomme de terre est bien moins
gourmande, son taux de conversion n’étant que de 0,46. Et encore, on ne
compte pas les besoins en eau : pour produire 100 grammes de bœuf, il
faut 25 000 litres d’eau.
Glouton, notre cheptel est aussi expansionniste. Au total, l’élevage et la production des aliments pour le bétail squattent 78% des terres agricoles mondiales, soit 30% de toute la surface du globe, trois fois plus qu’en 1960. «Sur un hectare de terrain, un agriculteur peut nourrir une trentaine de personnes s’il le consacre a la culture de légumes ou de fruits. S’il produit des œufs ou de la viande, le ratio passe a cinq personnes. Et a beaucoup, beaucoup, moins, s’il ne s’agit que de viande rouge», dit ainsi Bruno Parmentier, auteur de «Nourrir l’humanité» et directeur de l’Ecole supérieure d’Agriculture d’Angers.
Des périls verts à quatre pattes
Le
plus insensé ? C’est que toute cette bidoche est en priorité destinée a
0,1% de la population de la planète, l’infime petite minorité des
riches de ce monde. Notre consommation de viande est passée de 30 kilos
par personne et par an en 1919 a plus de 100 kilos aujourd’hui. C’est
trois fois plus que la quantité préconisée par les organismes de santé.
Non seulement notre régime carnivore affame la planète, mais il nous
tue aussi par la recrudescence des maladies de «biens nourris» :
accidents cardiovasculaires, diabète, obésité…
Et pour ne rien
arranger, il contribue au réchauffement climatique. Selon un rapport
publie en 2006 par la FAO, l’élevage est responsable de 18% des émissions des gaz à effet de serre. Soit plus que le secteur des
transports ! Avec leurs flatulences chargées de méthane, leurs tonnes
de fumier gorge de gaz hilarant, le fameux NO2 également des plus
nocifs, sans compter les émissions d’ammoniac synonymes de pluies
acides et leurs déjections qui polluent les nappes phréatiques, nos
charmants bovins sont des périls verts a quatre pattes. L’extension de
leurs pâturages fait des ravages. En Amérique centrale, 20% des zones
sylvestres ont déjà été ratiboisées. Et c’est encore pire au Brésil, ou
38% de l’Amazonie ont été sacrifies pour les bovins. Une déforestation
qui s’accélère avec les immenses plantations de soja destinées a
nourrir nos vaches, toujours elles. Mon royaume pour une entrecôte.
<http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2270/articles/a374222-.html>


